La République d’Haïti

Ayiti avant l’indépendance 

Les premiers habitants de l’île

Les plus anciennes traces archéologiques font remonter la présence des premiers habitants des îles caribéennes jusqu’au paléolithique. A l’arrivée des européens en 1492, l’île était peuplée par quatre ethnies différentes de la famille linguistique Arawak (les Lucayos, les Ciguayos, les Taïnos et les Caraïbes).

Ces populations amérindiennes qui pratiquaient une économie de pêche, de chasse et de cueillette connaissaient également la poterie. L’île était répartie en cinq royaumes, placés chacun sous l’autorité d’un chef appelé « cacique ». 

L’année 1492 marquera le commencement de la fin pour ces premiers habitants. En effet, estimée à 1 3000 000 personnes à l’arrivée des Espagnols, on ne dénombrait plus qu’environ 60 000 individus dans un recensement effectué en 1507. Cette disparition en masse s’explique par leur réduction en esclavage pour extraire l’or dans les mines, exploiter les plantations, les exactions de toutes sortes et les maladies apportées par les européens. 

Malgré leur disparition comme groupe ethnique, les amérindiens ont laissé une influence sur le plan gastronomique, linguistique, ainsi que dans certaines pratiques culturelles dans la société haïtienne contemporaine.

La colonisation espagnole et l’établissement de Saint-Domingue

Christophe Colomb, navigateur génois au service du roi d’Espagne, prend pour la première fois contact avec les habitants des Antilles le 12 octobre 1492 lorsqu’il aborde une des îles du Bahamas. Il longe ensuite la côte de Cuba puis débarque en Haïti qu’il va baptiser Hispaniola, le 6 décembre 1492.

1493, le retour de Christophe Colomb

En septembre 1493, Colomb revient à la tête de dix-sept navires et mille deux cents hommes. Il apporte avec lui des animaux domestiques (chevaux, bœufs, porcs, chiens) et des plantes jusque-là inconnues en Amérique (blé, banane, canne à sucre). 

Les Espagnols ayant découvert de l’or dans l’île vont rapidement réduire en esclavage la population amérindienne indigène amenant à leur disparition massive. Bien que des mines d’or et des plantations soient ouvertes sur toute l’étendue d’Hispaniola, l’essentiel des villes construites par les espagnols vont être concentrées dans la partie orientale qui est moins montagneuse.

1502, esclavage à Hispaniola

A partir de 1502, des personnes arrachées par des razzias à différentes tribus vivant principalement sur les côtes de l’Afrique de l’ouest vont être amenées à Hispaniola pour travailler comme esclaves dans les mines et les plantations. Ce sera le début de la traite des noirs d’Afrique dans cette colonie qui va durer près de 300 ans.

1522, révolte des esclaves

Cependant, dès 1522, l’île connaît sa première révolte d’esclaves, dans une plantation de canne à sucre du gouverneur don Diego Colon. Elle sera écrasée violemment par les troupes espagnoles mais de nombreux insurgés parvinrent à s’échapper et trouvèrent refuge dans les montagnes où ils formèrent les premières communautés de « marrons » indépendantes.

1606, l'intérêt de l'Espagne pour Hispaniola diminue

Avec l’épuisement des mines d’or, et l’élargissement des territoires conquis sur le continent sud-américain, l’intérêt de l’Espagne va progressivement diminuer pour Hispaniola et à partir de 1606 le peu de colons qui n’ont pas déjà quitté l’île, ainsi que leurs esclaves et troupeaux seront transférés dans la partie orientale, laissant la partie occidentale quasiment à l’abandon.

1620, d'autres aventuriers originaires d’autres pays européens arrivent

Dès 1620 des aventuriers originaires d’autres pays européens, en majorité des Français, commencent à marquer leur présence dans cet espace, notamment dans l’île de la Tortue bien qu’elle appartienne toujours à l’Espagne

1665, reconnaissance de la colonisation française

En 1665, Louis XIV reconnut officiellement la colonisation française sur cette partie de l’île en y nommant un Gouverneur. C’est finalement par les traités de Ryswick, signés en 1697, que l’Espagne reconnaît la souveraineté de la France sur la partie occidentale d’Hispaniola.

La colonisation française: Empire du sucre et système esclavagiste

Après avoir sédentarisé les flibustiers, pirates, boucaniers ou autres aventuriers qui furent les premiers français présents, notamment par la culture du tabac et de l’indigo, la France va rapidement stimuler un extraordinaire développement économique de sa nouvelle possession, baptisée Saint Domingue, fondé essentiellement sur l’exploitation de la canne à sucre et l’exploitation massive d’esclaves.

La production de sucre, qui va progressivement supplanter celle du tabac et de l’indigo, commence dès 1696. En 1713 Saint Domingue comptait 128 sucreries contre 600 en 1754 et près de 800 en 1791. Ainsi, l’île passe de 6 000 tonnes de sucre par an en 1715 à 10 000 en 1720, ce qui en fait le premier producteur mondial. La production sucrière atteint 77 155 tonnes en 1788 et jusqu’à 86 000 tonnes au cours de l’exceptionnelle année 1789.

Histoire Ambassade Haïti en France

Parallèlement la colonie développe la culture du coton et surtout du café dont elle deviendra également le premier producteur mondial. Une part très importante de l’économie française dans son ensemble repose sur Saint Domingue durant tout le XVIIIème siècle. Ainsi, les armateurs et négociants des ports français (principalement Nantes, Bordeaux, Le Havre et La Rochelle), détenant le monopole du commerce avec les colonies en vertu du système de l’Exclusif, écoulent dans les îles la production de leurs manufactures et revendent le sucre et le café sur les marchés européens.

 

L’excédent commercial ainsi généré, de 70 à 80 millions de livres tournois par an, contribue à équilibrer les comptes du royaume tout en et assurant la prospérité économique de certaines provinces, particulièrement celles du littoral, mais aussi celles qui fabriquent les articles destinés à l’achat des esclaves sur les côtes d’Afrique et les produits consommés par les colons dans les îles.

Cette grande prospérité est cependant étroitement dépendante du travail servile de milliers d’hommes et de femmes. En effet, les plantations de canne à sucre sont fortement consommatrices de main- d’œuvre qui travaille dans des conditions telles que l’espérance de vie d’un esclave des champs ne dépasse pas dix années. Aussi la rentabilité du système repose sur un apport massif et continu d’esclaves. 

 

Ceci explique que le nombre d’esclaves sur l’île qui s’élevait à 9 000 en 1700 va passer à 24 000 en 1713 et connaître une véritable explosion en 1789 avec 55 000 africains amenés de force par les négriers durant l’année. Au total, cette année-là on dénombrait dans la colonie de Saint Domingue environ 465 000 esclaves, 27 500 affranchis et près de 35 000 blancs. La condition des esclaves était règlementée par l’Ordonnance ou édit de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique, plus tard désignée sous le nom de Code Noir, qui assimile l’esclave aux meubles insaisissables (art. 44), et permet les châtiments corporels, y compris des mutilations, le marquage au fer, ainsi que la peine de mort.

 

Le Code noir ne reconnait que deux statuts : les libres sujets du roi et les esclaves étrangers entièrement privés de droits. Pourtant, malgré l’égalité juridique reconnu officiellement aux mulâtres et aux Noirs libres avec les blancs, ces derniers vont opposer une forte discrimination raciale pour ne pas appliquer cette disposition du Code. Ce qui va générer un grand ressentiment parmi cette catégorie de la population. 

 

Quant aux blancs qui dominent la vie politique de l’île, ils sont eux-mêmes socialement divisés entre les grands planteurs, richissimes souvent aristocrates, et les « petits Blancs », artisans, commerçants, marchands, peu fortunés viscéralement ségrégationnistes envers les mulâtres et les Noirs libres qui les dépassent parfois en richesse. Par ailleurs, une bonne partie des colons souhaite l’indépendance de Saint-Domingue pour contourner l’obligation qui leur est faite de ne commercer qu’avec la métropole. 

 

Les bouleversements politiques induits par la Révolution française en 1789 vont occasionner une explosion des frustrations qui va changer durablement l’histoire de l’île.

Lutte pour la liberté et l’indépendance 

L’année 1789 va marquer un tournant capital pour la colonie de Saint-Domingue qui va entraîner la destruction du système esclavagiste et l’indépendance d’Haïti. Au début de la Révolution française, les différents groupes sociaux de la colonie, à l’exception des esclaves, vont tenter de faire passer leurs revendications. Ainsi, entre 1789 et 1791, la scène politique coloniale était dominée par les luttes entre différentes factions des classes de libres, c’est-à-dire les colons, les petits blancs et les affranchis.

22 au 23 août 1791, insurrection

Toutefois, dans la nuit du 22 au 23 août 1791, les esclaves, qui représentaient près de 86% de la population de Saint-Domingue, déclenchent une insurrection dans le nord du pays pour réclamer leur liberté. Pendant une dizaine de jours, cette région est le théâtre d’affrontements qui provoqueront près de mille morts parmi les blancs, la destruction de 161 sucreries et l’incendie de 1 200 caféières. Le mouvement sera durement réprimé et Dutty Boukman l’un de ses leaders sera tué au combat. 

Des puissances rivales de la France, notamment l’Espagne et l’Angleterre, vont profiter des guerres révolutionnaires qui, entre 1792 et 1799, ont mis la France aux prises avec la majorité des États européens, pour tenter de s’accaparer de ses colonies.

Tensions pour s'accaparer Saint Domingue

Des puissances rivales de la France, notamment l’Espagne et l’Angleterre, vont profiter des guerres révolutionnaires qui, entre 1792 et 1799, ont mis la France aux prises avec la majorité des États européens, pour tenter de s’accaparer de ses colonies.

Au début de 1794, environ deux tiers de Saint Domingue étaient aux mains de ces deux puissances. 

29 août 1793, la liberté générale des esclaves

Le 29 août 1793, la liberté générale des esclaves est proclamée par Sonthonax, un représentant du gouvernement français sur l’île et cette décision est confirmée par la Convention Nationale qui adopte un décret abolissant l’esclavage le 4 février 1794. 

Suite à cette décision, Toussaint Louverture, un des chefs des esclaves insurgés, jusqu’alors au service de l’Espagne, va rejoindre les rangs français avec ses troupes comprenant près de 4 000 hommes. Promu colonel, puis général de brigade, dans l’armée française, la plupart des territoires perdus vont être rapidement reconquis sous sa direction. Une fois 

maître de la situation, après la neutralisation du mouvement des colons il va disputer la domination politique, économique et sociale de la colonie aux affranchis au prix d’une sanglante guerre. 

1801 Toussaint promulgue une constitution

Devenu gouverneur de la colonie, Toussaint promulgua en 1801 une constitution qui en son article 3 dispose qu’« il ne peut exister d’esclaves sur ce territoire, la servitude y est à jamais abolie (…) » tout en consacrant juridiquement l’autonomie de fait de la métropole avec laquelle il dirigeait la colonie. Le pays connaîtra une période de paix et de prospérité avec le redémarrage de la production sucrière mais sans l’esclavage.

1802, Napoléon Bonaparte envoie une expédition de vingt mille hommes à Saint-Domingue

La perspective du retour de l’esclavage va pousser les anciens officiers affranchis et ceux de l’armée de Toussaint à s’allier pour mener une guerre de libération nationale sous le commandement du général Jean-Jacques DESSALINES. Après la bataille de Vertières, le 18 novembre 1803, qui a permis de sauter le dernier verrou menant à la ville du Cap, les troupes françaises, commandées par le général Rochambeau, vont signer leur capitulation.

1803, perspective du retour de l’esclavage

En 1665, Louis XIV reconnut officiellement la colonisation française sur cette partie de l’île en y nommant un Gouverneur. C’est finalement par les traités de Ryswick, signés en 1697, que l’Espagne reconnaît la souveraineté de la France sur la partie occidentale d’Hispaniola.

1804, l’armée révolutionnaire proclame l’indépendance de Saint-Domingue

Ainsi, le premier janvier 1804, l’armée révolutionnaire proclame l’indépendance de Saint-Domingue, sous nom indien d’Haïti dans la ville de Gonaïves. Cette proclamation consacre une double révolution : celle de la fin du système esclavagiste et celle d’une colonie contre sa métropole ; Haïti devient la première nation noire indépendante. 

Un embargo commercial sera décrété sur les produits haïtiens par la France qui empêchera à la jeune République d’exporter ses produits et il faudra attendre 1825 pour qu’elle accepte de reconnaître cette indépendance contre le versement 150 millions de francs.

Contribution à la libération de l’Amérique latine

Après son indépendance, la jeune République d’Haïti a accueilli chaleureusement en 1805 et 1815/1816 des révolutionnaires sud-américains dont les plus célèbres furent Francisco de Miranda et Simon BOLIVAR, le Libertador. Deux invasions furent organisées par Simón Bolívar depuis Haïti avec le soutien financier, matériel et logistique du Président haïtien Alexandre Pétion en 1815 et 1816 dans le but de libérer le Venezuela des forces espagnoles. 

La première expédition fut un échec, mais Bolivar se tournera à nouveau vers Pétion qui lui accordera les ressources nécessaires pour organiser une seconde. Cette dernière va jouer un rôle crucial dans l’implantation définitive des forces révolutionnaires sur le continent sud-américain et ouvrir la voie à leur victoire finale sur la couronne d’Espagne, aboutissant à la proclamation de l’indépendance des pays de l’Amérique latine. 

portrait jean pierre boyer

Membre fondateur de plusieurs institutions de la communauté internationale

Haïti a participé activement à la fondation de plusieurs institutions internationales. Ainsi, la République d’Haïti figure parmi les 42 membres fondateurs de la Société des Nations en 1919, des 50 Etats qui ont signé le 26 juin 1945, à la Conférence de San Francisco, la charte de l’Organisation des Nations Unies et des 61 Etats ayant signé le 22 juillet 1946 la Constitution de l’Organisation mondiale de la santé. 

Haïti, qui est également membre fondateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie, participe activement à la défense de principes comme le dialogue des cultures, la solidarité et le règlement pacifique des différends dans les instances internationales.

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